ZEROSECONDE.COM (par Martin Lessard)

ZEROSECONDE.COM

Impacts d'Internet sur la communication, notre société, nos vies.

#Internet + #BigData = Big Brother

La plus grande démocratie du monde espionne ses propres citoyens à une échelle inégalée. Bravo, USA. Maintenant ça confirme qu' #Internet + #BigData = Big Brother

Les atomes des pixels de mon dernier billet sur Triplex n'étaient pas encore stabilisés en ligne qu'un scandale d'une ampleur inégalée a détourné le sens de ma première phrase: «La Maison-Blanche à Washington a le mérite de mettre ses priorités à la bonne place.»

Alors que mon billet était axé sur la cybersécurité inter-état et sur l’espionnage commercial par Internet, sujets de discorde entre la Chine et les États-Unis (où évidemment, dans le rôle des vilains, se trouvent les Chinois) voilà que l'actualité inverse totalement le sens des enjeux de cybersécurité.

La plus grande démocratie du monde joue au Big Brother avec ses propres citoyens !


Une agence de sécurité américaine espionne tous, je dis bien tous, t-o-u-s, tous les abonnés du plus grand service de téléphone au pays!

Je vais le reformuler comme le titre de l'article du Guardian qui a déterré le scandale: Le National Security Agency collecte toutes les données téléphoniques de millions d'Américains, quotidiennement.

Une note pour ceux qui lisent en diagonale: je n'ai pas écrit "de millions de terroristes", j'ai écrit "de millions d'Américains". Indistinctement. Juste parce qu'ils sont abonnés à Verizon.


Par où le scandale est arrivé

L'article qui a tout dévoilé se trouve ici:  (The Guardian) Verizon court order: NSA collecting phone records of millions of Americans daily

L'ordonnance secrète du 25 avril qui force Verizon à trahir tous ses abonnés est ici: Verizon forced to hand over telephone data – full court ruling

Le NSA a un accès illimité aux données concernées, pour une période comprise entre le 25 avril et le 19 juillet. «Les données comprennent le lieu, la date et la durée des appels nationaux et internationaux, ainsi que les numéros de téléphone qui y ont participé. L'agence n'a, en revanche, pas connaissance du contenu des conversations.» (Le Monde)

Prenez vos paris. Quand allons-nous apprendre que les autres réseaux de télécommmunication sont sous une ordonnance similaire?

2013, 1984, même combat

Il peut être justifié qu'un service secret de sécurité fasse des choses secrètes dans le cadre de la sécurité de l'État (sinon on n'appellerait pas ça Service Secret de Sécurité). Mais il semble que les lois en place, dont notamment le Patriot Act, permettent à tous les petits potentats des services secrets, et probablement au chef de l'État lui-même, de jouir de pouvoirs qu'Orwell imaginait dans son livre 1984.

Les données recueillies dans le scandale d'aujourd'hui permettent de faire un "Social Graph", grâce au Big Data. La teneur des contenus téléphonique n'est pas connue, mais il est possible de faire une carte des liens entre les personnes comme on fait une carte des noeuds sur un réseau.

Si le faire pour le téléphone est maintenant possible, imaginez sur Internet! (voir la liste des mots "interceptés").


Malheureusement, en demandant d'espionner tout le monde, sans distinction, la première démocratie vient de discréditer tous les cyberoptimistes. Dorénavant, la technologie connectée signifie perte de vie privée, limite des droits et surveillance. Tout réseau devient suspect!

Si ça arrive dans un pays qui représente la quintessence de la démocratie, imaginez ce que les compagnies techno + telco fournissent comme données dans les oligarchies autoritaires dans les coins sombres du monde.

Pas besoin d'aller à l'autre bout du monde pour trouver des ordures, il y a probablement déjà dans votre coin de pays, quelqu'un qui vous espionne. (C'est tellement facile sur Internet. On le savait, mais on imaginait encore que dans une démocratie on le ferait avec distinction...)

Et si ce n'est pas le cas, de toute façon, tous les services en ligne que nous utilisons sont américains, ou sont hébergés chez les Américains, ou passent par leur territoire. Nous sommes tous Américains, comme l'écrivait Le Monde le lendemain du 11-Septembre.

Quelle ironie! 12 ans plus tard, c'est vrai, mais plus par solidarité devant l'adversité. Par le réseau.

[Mise à jour 1 : Suite à une discussion avec Claude Théoret sur Facebook, j'ai ajouté les références dans le texte permettant de lier l'abus de #Verizon avec abus sur #Internet. «Tout réseau devient suspect!» + lien vers les mots-clés "interceptés" sur les médias sociaux et le web en général.]

[Mise à jour 2 : Pour éviter l'amalgame facile Big Data = Big Brother, je précise que le Big Data (de type white hat) permet d'éviter les faux-négatifs (une grande quantité de données permet de filtrer plus finement, et donc de faire moins d'erreur de diagnostic. Même si ça peut faire peur). Mais avec le coup de Vérizon, le Big Data devient black hat et sert à ficher/profiler tout le monde...]

«C'est vrai, je l'ai vu»

La "Conversation visuelle" est le nom d'une conférence de Martin Ouellette, l'esprit libre qui propulse l'agence Commun. C'est aussi un concept qu'il propose à l'ère du visuel tous azimuts: quand les mots ne suffisent plus, les images prennent le relais. C'est ce qui se passe à #OccupyGezi

Je vous laisse le regarder, car ce serait dommage de résumer en mots ce qui relève du visuel.

 

Martin relance l'idée de l'image publicitaire en lui donnant une twist très médias sociaux. Les gens n'ont pas toujours les "mots pour le dire". Alors ils pointent du doigt par image: «c'est ça!». Ils peuvent aussi «converser avec des images». Plus que jamais, l'image sert à passer des messages.

On pourrait penser qu'il ne fait que revêtir de nouveaux oripeaux au concept classique de l'image publicitaire.

Ce qui me semble l'élément central de son concept tient dans cette expression: «C'est vrai, je l'ai vu». Si je le vois, je le crois. Pour un peuple d'incrédules à la Saint-Thomas, Instagram, c'est la réalité.



Stratégiquement, c'est la raison pourquoi on voudrait faire de la "conversation" + "l'image", c'est-à-dire de la «conversation visuelle»: parce que la crédibilité passe aujourd'hui passe par le visuel, mais aussi par le nombre et non plus (juste) par une autorité.

"Instagramiser" ne veut pas dire "Une image vaut 1000 mots, version 2.0"

Non, ça veut dire "1000 images ne peuvent mentir".



Le nombre fait foi

Selon les époques, certaines formes de communication décrivent plus adéquatement la réalité du monde. Le 19e siècle comptait sur l'écrit: la grande presse et ses reportages. Le 20e siècle proposait l’image photographique: c'était «objectivement» plus vrai à travers un "objectif".

Au 21e siècle, avec une société de plus en plus au fait des manipulations médiatiques et des exploits de Photoshop, nous voyons progressivement dans la multiplication des sources une façon de vérifier un événement.

Probablement qu'il est difficile de se faire une idée de ce qui se passe à Istanbul et en Turquie en ce moment, mais avec les réseaux sociaux, et la multiplicité des sources, il est possible de se faire une idée de ce qui se passe. Avec les médias de masse? Impossible si vous êtes seulement nourri d'un entrefilet d'Associated Press en page 37 ou avec des images de gaz lacrymogène pendant 10 secondes au TJ.



L'image regagne sa crédibilité par le nombre de sources. Les médias sociaux sont au cœur de la contestation en Turquie (lien audio sur Soundcloud) comme le rappelle Alain Gerlache sur RTBL.

L'image au coeur du flux

Les organisme qui veulent crédibiliser une caractéristique de leur produit/service/événements (c'est bon, c'est beau, c'est cool, c'est populaire, c'est...) vont alors tenter de le faire par la «conversation visuelle».

Stratégiquement, ce n'est pas dans le choix ou la création d'images que se trouve la valeur du concept de "communication visuelle" mais bien dans la réflexion stratégique de vouloir "imager quelque chose qui ne se dit pas".



En marketing, si votre produit est le fun, laissez vos clients le montrer (et peut-être que je vais l'acheter). Si votre personnel est joyeux, montrez-le-moi (et je vais peut-être vouloir travailler chez vous).

Le visuel est peut-être le langage le plus adapté au flux permanent du «maintenant» médiatisé dans les réseaux. Le texte, c'est pour les archives!

On n'a pas attendu Martin Ouellette pour mettre des images dans nos pubs, nos événements, etc. Mais on sait maintenant pourquoi c'est important: «C'est vrai, je l'ai vu».

À voir : Conversation visuelle par Commun sur Vimeo.

Note: Martin y croit tellement qu'il offre à la première marque de CPG, de produit de consommation courante, un essai gratuit. À qui la chance?

À lire sur Zéro Seconde, dans la même veine, où je m'interrogeais sur les nouveaux types de communication de masse :



Mai 2013: Mes billet sur Triplex

Un petit tour du côté de Triplex, mon autre blogue, le temps de vous résumer quelques billets que j'y ai écrit.



[Big data] Les mauvaises connexions
Même le dernier quidam sur Facebook a plus d’information sur sa communauté en une journée qu’un villageois du Moyen-âge durant toute sa vie. Interpréter un  monde par les données demande d’acquérir de nouveaux réflexes: logiques statistiques, probabilité, rationalité, esprit scientifique. Sommes-nous prêts?

[Intelligence augmentée] Le fusil qui tire tout seul
Si vous pensez que l’arme imprimable 3D était la menace ultime, vous venez de changer d’échelle. Derrière chaque arme, il y aura maintenant un tireur d’élite, qui télécharge ses hits par WiFi sur les médias sociaux en temps réels. Bienvenue Terminator.

[Réseaux sociaux] Hadfield : l’étoile des médias sociaux
L'astronaute canadien a su transformer une mission scientifique en une expérience humaine proche de la réalité des gens normaux (c’est-à-dire nous, les terriens). Pour l’Agence spatiale, c’est littéralement un cadeau du ciel.

[Société] Comment le multitâche affecte notre attention
Une expérience récente a mesuré l’efficacité perdue par les interruptions de toutes sortes. Résultat étonnant : on a vu une amélioration de 43 % des résultats dans certains cas!

[Gouvernance] Demain, la ville intelligente 
L’usage des nouvelles technologies permet «d'augmenter» la ville. Mais ne devait-on pas plutôt dire « ville intelligible », une ville qui peut être comprise par l’intelligence? L’enjeu sous-jacent est l'accès et le partage de données. Mais quelles données? Pour quel type de ville?

Déplier le réel: l'Anschluss par le Big Data

Big Data is Watching You. You are watching Big Data.

Le Big data, on en avait glissé un mot ici, en 2010. C'est l'accès à une formidable banque de données, à son analyse et l'extraction de connaissances.

Appelé data mining auparavant, il fait référence aux outils, processus et procédures permettant à une organisation de créer, de manipuler et de gérer de très larges quantités de données en vue d'en extraire des informations de valeur.

La nouvelle expression, Big Data, semble avoir été adoptée comme pour signifier qu'aujourd'hui on y ajoute le temps réel et des prises de données décuplées.

Je laisse ici de côté les manipulations bassement marketing qui ne cherchent qu'à vendre du vieux en le faisant passer pour neuf. Intéressons-nous à ce que veut réellement dire accéder à une très, très grande masse de données.



Ce qu'on ne voit pas sur les murs de la caverne, existe-t-il?

Vous connaissez l'expression «l'autoroute de l'information». Son côté suranné laisse suinter l'idée que le terme ne couvre pas toute la réalité. Le data mining est à l'autoroute de l'information ce que le Big data est aux médias sociaux.

Certains ont anticipé avec prescience, il y a plus de 40 ans, le type de monde dans lequel nous nous retrouvons aujourd'hui.

Pourtant les films de science-fiction n'ont fait que surfer sur le futur technologique qu'ils entrevoyaient pour nous (télé-achat, communication à distance et portable, écran tactile).

Je n'ai vu aucun film ou livre (à ma connaissance) qui mettaient les réseaux socionumériques au coeur d'un changement sociétal comme on le vit aujourd'hui.

Aujourd'hui, encore, les oeuvres artistiques ont encore beaucoup de mal à intégrer cette mutation sociale dans leur représentation du réel.

Hubert Guillaud et Xavier de la Porte avaient déjà signalé il y a deux ans la gêne que cause l’absence des problématiques numériques dans la littérature contemporaine française.

Il y a bien plus d'une décennie que les cellulaires sont entrés dans la fiction comme ressort dramatique (et ils semblent aujourd'hui omniprésents). Mais les médias sociaux?

J'ai l'impression que nos représentations du Big Data sont du même ordre. On sait que ça s'en vient, on sait que c'est gros, mais on sous-estime les changements que cela va causer.

J'aimerais partager avec vous mes intuitions de ce côté.

Voir le data mining dans l'œil du voisin et ne pas voir le Big data dans le sien

Moi-même, ce que je signalais en 2010 à propos du Big data, ne faisait que gratter la surface.

Je m'en tenais à une référence aux outils et à leur possibilité de gérer, trier, analyser de grandes quantités de données.

Bien sûr, je me réjouissais qu'une démocratisation était en cours de ce côté. Cette démocratisation permettrait de mettre une expertise entre les mains de plus de gens, en leur permettant de faire remonter des signaux faibles et voir émerger des patterns. Magie que seul les grands parmi les grands avaient les ressources pour le faire.

Mais c'est encore sous-estimer l'ampleur du changement. Comme on a tous sous-estimé les changements sociaux découlant d'Internet (non, Internet n'est pas juste un immense Wal-Mart virtuel).

Pour le Big data, ce n'est pas une démultiplications des données auquel on assiste mais à un véritable dépliage de la réalité!

La réalité se déplie, s'ouvre, se montre, s'agrandit. Le Big data, c'est l'accès à la couche tout juste sous le sensible: c'est ce que j'entends par le dépliage. On déplie le réel pour voir la couche en dessous, pour qu'elle entre dans notre réel.

Contrairement à un microscope grossissant, on ne parle pas simplement d'un accès, d'un polaroïd, d'une incursion timide dans ce sous-monde, mais à une Anschluss en règle de cette sous-couche dans notre monde.

On parle ici de rattacher l'invisible au visible, à agrandir le royaume du réel, à prendre en compte les informations de ce sous-monde pour l'intégrer dans la gestion quotidienne de notre réalité.

Autrement dit, le Big Data repousse la frontière de notre monde. Le réel s'agrandit de l'intérieur .

Datatifier le monde

Viktor Mayer-Schönberger, auteur de Big Data: A Revolution That Will Transform How We Live, Work, and Think, dans une interview qu'il a donnée récemment à Nora Yong de l'excellente émission Spark à la radio de CBC donnait l'exemple des sondes sur des prématurés.



Au lieu de prendre des mesures vitales quelques fois par jour, les instruments d'aujourd'hui peuvent colliger des milliers de mesures à la minute ou à l'heure.

Dans le cas de prématurés, c'est la différence entre la vie et la mort. Viktor raconte que le traitement de ce "Big data" permet "d'anticiper" des problèmes bien avant les médecins.

Après plusieurs essais, les chercheurs ont fini par faire des corrélations entre certains patterns dérivés des données et les diagnostics des docteurs. Mais avec la finesse des datas (ou plutôt leur quantité) il leur était possible de détecter les signes avant-coureurs qui mènent vers des problèmes pathologiques bien avant qu'ils soient détectables par les experts.

Autrement dit le Big data peut "sauver" la vie de ces prématurés.

Le big data déplie le monde et nos instruments nous permettent de l'intégrer à notre temps réel, à notre espace-temps…


Prenons une analogie pour être plus clair. Sur l'écran où vous regardez ce texte, il y a des pixels, mais ils sont trop petits pour que vous puissiez les voir distinctement. Hé bien, imaginez que votre vue peut permette de voir chacun des pixels aussi gros que chacune des touches de votre clavier.

Vous viendriez de déplier une dimension invisible du monde; vous viendriez de repousser l'horizon du visible de l'intérieur. Les pixels gros comme des touches de clavier feraient partie du monde tout comme les poignées de porte et les marches d'escalier: des informations supplémentaires et actionnables sur votre monde.

Cette dimension serait prise en considération comme les panneaux de circulations sont des informations pour vous: quelque chose sur lequel vous pouvez avoir une emprise pour comprendre davantage le monde en vous créant de nouvelles représentations.

Viktor appelle ça "to datafy". La datatification du monde.

Causalité à l'épreuve de la corrélation

Je vous invite à écouter l'entrevue (en anglais) de Viktor Mayer-Schönberger par Nora Young, car c'est fort instructif. Voici quelques citations, traduites à la volée, un peu approximatives dans les mots, mais juste sur le fond.


«Ce qui a changé, c'est qu'avant, collecter, conserver et analyser du data entraînaient des frais énormes, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. […] 
Si je n'ai que 15 prises de données et que 5 d'entre elles sont défectueuses, mon résultat s'en trouvera irrémédiablement affecté. Mais si je fais 5 milliards de collectes de données, je peux me permettre d'avoir quelques données faussées.[…]
Cette approche ne s'applique pas à toute les facettes de notre vie. Si vous allez à la banque, vous n'accepterez pas qu'il y ait des dépôts qui ont été oubliés. Tout doit être parfaitement enregistré jusqu'au dernier sou. Vous ne vous contenterez pas d'une réponse approximative qu'il reste à peu près 4000 dollars dans votre compte.
Mais dans d'autres circonstances, cette approximation n'est pas dommageable. Votre assistance-navigation SatNat peut vous dire que vous allez arriver à telle intersection dans trois minutes. Sans être à la seconde près, cette approximation est tout à fait suffisante. […]
Prenons l'exemple de Google Flu qui pouvait prédire l'éclosion de la grippe presqu'en temps réel. C'était un peu approximatif, mais définitivement de grande valeur comparée aux vrais résultats colligée par les docteurs qui n'arrivaient qu'au bout de 2 semaines seulement. […]
Depuis le début de l'humanité, nous sommes habitués à voir le monde comme une suite de cause et conséquences (si nous allons au restaurant un jour, et que nous sommes malades le lendemain, il ne faut pas grand temps pour relier les deux événements. Mais parfois, nos intuitions nous jouent des tours (nous sommes tombés malades pcq on a serré la main à un collègue malade).
L'analyse du Big Data ne peut nous dire le pourquoi, mais simplement le quoi: la corrélation entre deux choses/événements. Google ne fait que remarquer la corrélation entre les recherches en lignes et les cas déclarés de la grippe. Il n'y a aucune indication de causalité ici. […] 
Notre cerveau ne peut s'empêcher de faire des liens de causalité. Ce n'est que de la corrélation, une prédiction dont la cause n'est pas identifiée.
Les problèmes commencent quand on mélange les deux, quand on utilise la corrélation pour deviner la cause. On risque de faire de mauvaises connexions [comme par exemple faire du profilage].
La promesse du Big data est de réussir à avoir moins de faux positifs [en augmentant la finesse probabilistique de la corrélation] alors que notre tendance à tout vouloir ramener à la causalité devient nuisible à ce niveau [on se dit toujours qu'il n'y a pas de fumée sans feu].
Ce que je retiens de la fin de son intervention (sur la corrélation), c'est que cette partie du monde qui se déplie demande de développer de nouveaux réflexes, donc une éducation aux logiques statistiques et probabilistique, donc à une pensée rationnelle.

Polaroïd ou flux?

Que vous le vouliez ou non, le monde se déplie. Déjà ceux qui maîtrise le Big data voit le monde plus grand que vous. Ils ont accès à plus d'information que vous. Une course vient de démarrer.

Ce n'est pas nécessairement un land claim. C'est surtout une expertise pour voir et analyser le réel avec de nouvelles données. Ce monde qui se déplie est une opportunité de voir plus loin.

Ça peut être fait à la façon d'un Polaroïd (on capture un instant donné et on en tire des conclusions). Ce sont les tests d'ADN qui vous donnent un pronostique sur votre état de santé génétique. C'est un sondage des réseaux sociaux pour connaître des tendances de fond.

Mais ce n'est encore que la continuité de ce que la science fait depuis longtemps (elle découvre le réel).

Mais quand le Big data sera non pas un Polaroïd mais un flux en temps réel, alors là le sous-monde fera partie de notre monde.

Déjà la détection des visages dans une foule se fait en temps réel. On laisse même entendre que les policiers brésiliens auront des lunettes qui peuvent scanner 400 visages à la minute pour 2014.

Même si je suis sceptique sur cette dernière nouvelle-là -- on dirait plus de l'intox pour faire peur aux hooligans-- ce n'est plus du domaine de la fiction.

Des "laboratoires sous-cutanés" sont en cours de conception: ce sont de minuscules implants qui sauront analyser en temps réel certaines caractéristiques de votre corps.



Le minuscule dispositif implanté juste sous la peau fait des analyses en temps réel des substances dans le corps, via le sang. Il a un module radio qui transmet les résultats sur le réseau à un médecin à partir de notre  téléphone cellulaire via Bluetooth

Je le redis autrement. Vos cellules téléphoneront elles-mêmes à votre médecin si un problème se déclare.

Encore un autre exemple: des chercheurs du MIT ont développé un logiciel libre qui permet de révéler les détails (dans les vidéos) autrement invisibles: les micro-mouvements et le pouls.



Celui ou celle qui peut accéder à un tel flux en temps réel (disons, par exemple, au hasard, dans une app sur les lunettes Google) possède une information de plus que les autres. Il peut lire des intentions qui sont autrement cachées (gêne, mensonge, etc)

On peut peut-être contester l'usage du mot Big data dans ce contexte. Mais je ne crois pas détourner le sens original de data mining en tout cas.

Avec le Big data, je pense que dire qu'on déplie le réel prend son tout sens. Datatifier le monde, le prochain défi.

(Reste maintenant à l'analyser tout ça de façon critique. On se reprendra dans un autre billet.)

Mes meilleurs billet sur Triplex (mars-avril 2013)


Un petit tour du côté de Triplex, mon autre blogue sur Radio-Canada, me permet de faire une courte liste des billets les plus significatifs que j'y ai laissés au cours des 2 derniers mois. Il y en a plein d'autres, et j'en ferai le tri quand j'aurais le temps. Bonne lecture.



[Gouvernance] Demain, la ville intelligente (1 mai 2013)
L’usage des nouvelles technologies permet «d'augmenter» la ville. Mais ne devait-on pas plutôt dire « ville intelligible », une ville qui peut être comprise par l’intelligence? L’enjeu sous-jacent est l'accès et le partage de données. Mais quelles données? Pour quel type de ville?

[Culture] D’iTunes à Twitter Music : 10 ans d’évolution de l’industrie de la musique (26 avril 2013)
Apple a réussi à montrer aux géants de l’industrie que la horde de pirates tant décriée était en fait constituée de consommateurs qui n’attendaient qu’une chose : une solution simple et efficace pour se procurer de la musique numérique à la pièce. Mais, en 10 ans, la tendance est de se demander pourquoi acheter de la musique quand on peut s’abonner gratuitement au catalogue au complet?

[Gouvernance] Le point d’échange Internet comme enjeu économique (23 avril 2013)
Un PEI permet au trafic branché sur ce nœud de parcourir des chemins beaucoup plus courts, plus rapidement que par des lignes externes. Les PEI qui connaissent le plus de succès dans le monde sont gérés par la communauté d’affaires Internet locale. Montréal vient de franchir ce pas.

[Économie] Bitcoin, une monnaie expérimentale dans la cour des grands (15 avril 2013)  
Pierre Noizat, dans son livre sur Bitcoin l’an passé, écrivait : « Il y a un mouvement général de remise en cause des systèmes hiérarchiques pour des systèmes plus horizontaux. Il faudra du temps pour que Bitcoin s’impose, mais 2013 pourrait être un tournant. ». Hé bien, il a vu juste, c'est le cas.

[Ergonomie] La guerre des navigateurs va-t-elle reprendre? (10 avril 2013)
Google a décidé de poursuivre son chemin en créant Blink, un nouveau moteur de rendu web, à partir de WebKit. La pression d’optimiser le code HTML pour tel ou tel moteur de rendu va-t-elle refaire son apparition?

[Société] Le réseau des bonnes nouvelles (28 mars 2013)
À l’annonce d’une terrible nouvelle, celle qui provoque de la tristesse, il semble que nous soyons moins enclins à la faire suivre à nos amis et collègues sur les médias sociaux.

[Média] La Presse+, changement de culture (25 mars 2013)
Ce n’est plus simplement un.e migration de contenu vers une application gratuite. La Presse fera fausse route si elle mise tout sur la technique. Si c'est pour être de l'écrit figé à l'écran sans intégrer les acquis de la  «révolution dans la relation au savoir, dans la relation aux apprentissages, dans le fonctionnement psychique et dans les liens et la sociabilité», ce n'est pas la force de vente qui va réussir à contenir la débâcle inévitable.

[Ergonomie] Zoé, le visage de la machine (20 mars 2013)
Zoé est une tête virtuelle, capable de reproduire et d’exprimer des émotions sur demande. Elle représente probablement une nouvelle génération d’interface humain-machine.

[Vie Privée] Vos « J’aime » vous trahissent (15 mars 2013)
La technologie nous permet de plus en plus de lire un réel que nous ne percevons pas. Il suffit tout au plus d’une trentaine de « j’aime » sur Facebook environ pour que des prédictions statistiquement intéressantes puissent vous cerner.

[Réalité Augmentée] Augmenter notre lecture de la réalité (12 mars 2013)
Trois exemples pour montrer comment la technologie augmente nos capacités à accéder à la réalité. L'amplification de certains signaux nous donne accès à tout un pan invisible de notre entourage. Le monde s’agrandit.

C’est à un véritable mouvement de plaques tectoniques que l’on assiste en ce moment. L’écosystème de l’audiovisuel canadien semble se scinder, produisant, d’un côté, une concentration de quelques très gros joueurs, et de l’autre, l’émergence de multiples petits joueurs très agiles. L’industrie de l’audiovisuel au Canada est comme une énorme zone sismique. À son épicentre, Catalina Briceno.


Dans vos poches, des satellites

C'est arrivé cette semaine. Ça devait arriver tôt ou tard, on s'en doutait. Les ventes de téléphones intelligents ont dépassé les ventes de cellulaires de base au premier trimestre 2013. 

«Les utilisateurs de téléphones veulent des ordinateurs dans leurs poches».

Bien sûr! Mais savent-ils quelle puissance ils vont avoir sur eux?

Même la sonde Curiosity envoyée à grands frais sur Mars est munie d’un processeur, de RAM et de disque dur moins puissants que nos cellulaires actuels (voir mon billet). Encore moins en tout cas que le Galaxy S4 de Samsung qui sort cette semaine.

Mais que ferons-nous de ces téléphones dans quelques mois quand il sera (encore) le temps des changer?

On les balance dans l'espace!

Des Nexus One en orbite




Dire que j'avais ça dans mes poches il y a à peine deux ans. Savez-vous que la Nasa a mis 3 Nexus One en orbite dimanche dernier ?

Oui, trois téléphones Android tournent en ce moment autour de la terre.

La Nasa teste son concept de nanosatellites qui sont littéralement équipé d'un téléphone intelligent comme on a dans nos poches. La Nasa, qui est toujours à la recherche de nouveaux prototypes de satellites, a cette fois-ci décidé de tester la technologie grand public.

Les téléphones intelligents sont déjà étonnamment bien équipés pour ce rôle!
  • Ils sont petits 
  • Ils ont de bons processeurs
  • Ils ont des gyroscopes et des accéléromètres.
  • et des caméras de qualité
Les trois Nexus One en orbite autour de la terre, surnommés affectueusement Alexander, Graham et Bell sont chacune dans une petite boîte protectrice (gros comme la moitié d’une boite de soulier) avec une batterie ou des panneaux solaires, une antenne radio et une app spéciale pour communiquer avec la Terre.

Ils vont rentrer dans l'atmosphère dans quelques jours (et évidemment se désintégrer).
Mise à jour du 29 avril: «Our orbital analysis indicates that the PhoneSats have deorbited on April 27 and have burned in Earths atmosphere as predicted. No one has been able to hear from the satellites since, which confirms the predictions. »

Une expérience de crowdsourcing

Chaque PhoneSat (c'est leur nom) comprend une application spécialement conçue qui aide les téléphones transmettre des informations vers la Terre depuis l'orbite.

A intervalles réguliers, le téléphone transmets des images et des données vers le sol et ce sont des astronomes amateurs vont capter le signal.

Environ 250 astronomes amateurs reçoivent les données,les regroupent et les recomposent sur le site de la Nasa. Plus de 200 paquets de données ont déjà été enregistrés.


La technologie grand public est devenue suffisamment avancée pour venir en support à ce qui s’appelle encore la «rocket science». Et c’est ce qu’on a dans nos poches!

La haute technologie s’est non seulement démocratisée, mais le modèle de développement collectif du logiciel libre entre dans les hautes sphères de l'aérospatial, ce montre toute sa puissance.

La Nasa n'est pas près de changer tout son code pour celui d'Android. Mais avec la mission PhoneSat, elle montre que pour des missions non critiques, elle peut compter sur du matériel commun et une communauté qui assiste...

Une toile d'android sur nos têtes

On pourrait imaginer une couverture basse altitude de ce type de nanosatellites à bas coût (entre 3000 et 7500$ selon la Nasa) qui serait composée de nos cellulaires désuets et ainsi recyclés.

Ce filet n'a pas besoin d'être à tous les points fiable, car à chaque noeud, le PhoneSat peut être remplacé aisément.

Quand je pense que peut-être un des 3 nanosatellites est mon ancien Nexus One. Si c'est le cas, aurais-je le droit de dire que j'ai participé à la conquête spatiale?...


Internet des objets: nos cellules aussi y participeront

Les implants sont probablement la première étape vers les cyborgs. Augmenter l’humain se fera par petits implants à la fois. Et toujours avec de bonnes raisons pour le justifier au début.



Des chercheurs suisses ont présenté la semaine dernière un prototype d’un testeur de sang qui n’implique pas d’aiguille à introduire dans la peau.

Bon OK. C'est quoi le rapport avec Internet?

Le minuscule dispositif implanté juste sous la peau fait des analyses en temps réel des substances dans le corps, via le sang. Il a un module radio qui transmet les résultats à un médecin sur le réseau de téléphonie cellulaire.
Prouesse de la miniaturisation

Avec à peine  1/10 de watt, ce laboratoire sous-cutané fonctionne avec une batterie qui se trouve sur la peau, sur une patch en fait. On change la batterie en changeant de pièce sur la peau.

Mais ce n'est pas tout. Le dispositif détecte 5 de vos protéines et quelques acides organiques. Parfait pour les grands malades qui en ont marre de se faire piquer toutes les trente minutes.

Mais le plus extraordinaire, c'est que le dispositif émet des ondes qui sont captées par la pièce. Cette pièce retransmet l. information par Bluetooth à un cellulaire. Votre cellulaire. Puis le cellulaire envoie les données par  3G/4G au docteur

Allo docteur, ici la cellule cancéreuse de Martin

Je ne sais pas pour vous, mais mois, je trouve que ça ressemble beaucoup ça: mes cellules vont pouvoir téléphoner à mon docteur directement.

Je crois bien que l'internet des objets voit de nouveaux arrivants sur le réseau: nos organes, nos cellules, nos protéines...

On est pas là encore. Il faudra que les chercheurs suisses réussissent leur petit laboratoire sous-cutané en premier. Mais je ne vois pas pourquoi on s'arrêterait à de simple analyse de sang si on peut aller plus loin...

Petites nouvelles du front

Nouvelles technos que vous avez peut-être manquées, tellement est hallucinant le flot des changements en cours.


Ça ne sera pas un tour complet de tout ce qui passe, mais je me devais de noter ces petites percées que je trouve significatives. La technologie, après avoir révolutionné nos communications, s'attaque maintenant, inexorablement à la matière et notre relation au monde.

Enjeux de demain

La ville d'un côté, comme capsule de survie, et la course à l'humain augmenté de l'autre.

Ville Intelligente : quelle définition pour quels enjeux ?
Trois besoins fondamentaux conduisant à l'émergence d'une ville intelligente: fonctionnalité, attractivité, résilience.

La guerre des cerveaux
La Chine vient de lancer un grand programme de séquençage de l'ADN des surdoués (un quotient intellectuel au moins égal à 160). L'objectif des Chinois est de déterminer les variants génétiques favorisant l'intelligence, en comparant le génome des surdoués à celui d'individus à QI moyen. Pour quoi faire?

Brain-Computer Interface

Notre matière grise ne restera pas bien longtemps emprisonnée...

Brown University creates first wireless, implanted brain-computer interface
L'interfaçage cerveau-machine devient de plus en plus portable et simple. «Researchers at Brown University have succeeded in creating the first wireless, implantable, rechargeable, long-term brain-computer interface. The wireless BCIs have been implanted in pigs and monkeys for over 13 months without issue, and human subjects are next.»

Researchers Connect Rats' Minds Via Internet
L'interfaçage cerveau-cerveau va éventuellement quitter le laboratoire. «An experiment that used rats to create a "brain-to-brain interface" shows that instructions can be transferred between animals via electronic signals and the Internet»

Détection

Capturer l'invisible et le faire travailler pour nous.

MIT releases open-source software that reveals invisible motion and detail in video
Le quasi invisible fait aussi partie de notre monde. «Scientists at MIT have developed open-source software that can reveal details in videos that are otherwise invisible like blood pumping beneath someone’s skin.»

Get Myo
Le détecteur de mouvement portable. Fabriqué par une startup ontarienne et qui sera disponible d'ici la fin de l'année. Est-ce que la Myo n'est pas à la Kinect, ce que le portable est à l'ordinateur de bureau?

[panel en direct] Les communications numériques: émancipation ou aliénation?


Je participe à un débat ce soir, organisé par l'Université du Québec à Montréal. Ce sera diffusé en direct sur le web ce soir 18h00 à 19h30 (lundi 18 février 2013)

Thème :Les communications numériques : émancipation ou aliénation ?

(Mise à jour du 11 mars 2013: Lien vers la vidéo intégrale en ligne)

C'est à la salle Salle DS-1950 pour ceux et celles qui ont pu réserver leur place, car c'est à guichet fermé depuis vendredi. La webdiffusion a justement été mise en place pour ouvrir le débat à tous.

Sur le panel, je serai avec: 

professeur à l’École des médias de l’UQAM et 
directeur du nouveau baccalauréat en communication, médias numériques

doctorant en informatique cognitive et 
chercheur en communication

Je suis heureux de croiser le fer avec des académiciens qui partagent la même passion que moi, la communication numérique.

Le MOOC, désir de révolution

Le phénomène des MOOC,  apparu récemment dans les universités les plus prestigieuses des États-Unis, est une mutation peu ordinaire dans l'enseignement à distance. Ce n'est pas une simple mise à jour technologique. Expliquons.


Quand Jean Michel Billaut titre un de ces billets « MOOC : "LA" révolution de l'éducation au niveau Monde», on sait qu'on touche quelque chose qui enflamme les imaginations. Lorsqu'ensuite Claude Coulombe ajoute sur G+ que les «[MOOC] vont tout changer! Croyez en M. Christensen si vous ne me croyez pas... En fait, je ne vous demande pas de me croire, je vais m'efforcer de le démontrer dans mes prochains billets.», on voit que ça touche les passions!

Il y a de quoi! Les MOOC représentent le dernier avatar de l'esprit des Enyclopédistes et des Lumières

Les MOOC arrivent!

On appelle ces nouveaux cours des «cours en ligne ouverts et massifs», traduction littérale de l'anglais «massive open online course» ce qui donne l’acronyme «MOOC». Certains disent CLOM en français. Pas sûr si cette traduction littérale sera retenue.

Ce qui frappe l'imagination? Il arrive fréquemment que 100 000 personnes de partout à travers le monde soient réunies pour un MOOC. Ce n'est pas banal.

Internet est-il en train de bouleverser l’enseignement supérieur? Est-ce que ce phénomène va venir toucher nos universités francophones?

J'ai écrit deux billets sur le sujet des MOOC récemment sur mon autre blogue, Triplex à Radio-Canada

À quand les MOOC en français?
La course au MOOC

Made in Canada

L’acronyme «MOOC» en anglais est apparu en 2008 lors d’un cours organisé par Georges Siemens de l’Université d’Athabasca en Alberta et Stephen Downes du Conseil national de recherches du Canada

Ils devaient cours à 25 étudiants de l’Université du Manitoba, mais durant l’été 2008 mais ils ont décidé également d’ouvrir en  ligne et plus de 2000 participants ont décidé d’embarquer.



Est-ce si différent?

Ça ressemble à première vue à une formation à distance comme on peut en trouver dans une télé-université (Yoohoo, Teluq!!). Mais les MOOC ont un petit quelque chose de différent des cours à distance traditionnel.

1) La fréquence des cours se donne comme un cours en classe normal, c-à-d à chaque semaine, durant 10 à 15 semaines, et non tout d’un coup comme un cartable bourré de notes de cours qu’on reçoit par la poste (ou par dans un lien courriel)
2) On peut être des milliers à le suivre le cours en même temps, d’où sont nom de «cours massif»
3) Ils sont gratuits, d’où le nom de «cours ouverts»

On peut en rajouter un 4e:  le fait que les MOOC utilisent souvent les outils déjà en place dans l’écosystème du web 2.0  comme Facebook ou Google + Hangout, les forums, les bulletins, etc.

Plusieurs tentatives lancées par Yale, Oxford ou Stanford durant les années 2000 ont fait patate. Ces cours à distance étaient sommes toutes assez classiques: une longue vidéo d’une heure et beaucoup de textes à lire. Et l’étudiant travaille seul dans son coin, seul.

De plus, les cours étaient payants et ne donnaient pas de crédits universitaires. Et vous, une vidéo d’une heure d'un prof qui parle? Est-ce stimulant?

Le premier MOOC de Siemens et Downes avait une approche assez stimulante: on ne sentait pas que le cours était statique, immuable: il vivait en fonction des interactions des étudiants. Cette façon de faire est devenue la base de ce qu’est un cours vraiment innovateur.

- Leur cours reposait sur un partage des savoirs entre les apprenants et sur un simple transfert de connaissance du professeur vers les élèves.

- Les objectifs d’apprentissage sont définis par chaque participant pour lui-même. Les professeurs étaient là aussi pour apprendre du processus.

- La plateforme d’échange permettait aux étudiants d’être en relation entre eux en même temps qu’avec les professeurs.

En pédagogie, on appelle cette approche le «connectivisme»: c’est un apprentissage qui se fait en groupe, en réseau, et qui tient pour acquis que les liens que l’on va bâtir avec les autres pour apprendre sont plus importants que les connaissances elles-mêmes, car ces informations dans un monde en mutations changent constamment.

C'est l'approche des gens comme Mario Asselin et probablement aussi ceux qui se réunissent à Clair une fois par année.

Not your cup of tea?

Ce n’est pas toutes les matières qui se prêtent à cette pédagogie ou tout le monde qui peut aimer cette approche pédagogique.

C'est pour ça qu’on distingue deux genres de MOOC

1) les cMOOC (c pour connectivisme). C'est ce que Siemens et Downes ont fait ! C’est parfait pour se bâtir des connaissances dans un domaine en émergence, nouveau, pas encore bien balisé. Leur premier cours était d’ailleurs un cours sur le concept même du connectivisme. C'est dire le niveau de mise en abîme! Durant toute la session, ils ont exploré les possibilités du concept et ces limites

2) les xMOOC (x je crois pour Xfer, transfer). Si on veut apprendre la programmation ou la neuroscience médicale, une approche plus classique est davantage appropriée: ces cours se concentrent sur la transmission de savoirs déjà existants d’une façon plus magistrale.

Ces xMOOC a une forme beaucoup plus modulaire: les vidéos des professeurs ne font que quelques minutes et non pas une heure,  le temps de présenter un point ou un concept, et hop, ensuite on fait un exercice pour savoir si on a bien intégré la leçon et on passe à la leçon suivante.

Les cours sont déposés chaque semaine. Mais on peut les suivre à son rythme. Par contre il y a quand même une date limite pour remettre les devoirs, même si ce n’est pas chaque semaine. Quoique si on prend trop de temps, on perd des points.

Le but, quand même, est de recevoir son attestation de suivi du cours. Ça n’a pas nécessairement la même valeur qu’un diplôme, mais tout de même: quand l’attestation vient de Harvard ou MIT, ça impressionne.

Bouleversement de l'université en vue?

Il est encore trop tôt pour le dire, mais ce qui est clair, c’est que pour la première fois, les cours en ligne gagnent vraiment en popularité. Et pas juste parce que c’est gratuit. Le certificat d’attestation et la notoriété des universités jouent pour beaucoup.

Moi je ne hais pas l’idée de rajouter à mon CV le fait que j’ai suivi un cours au MIT!

Mais ces xMOOC en soi ne vont pas révolutionner l’université en tant que telle.

C’est plutôt la façon de fréquenter l’université qui pourrait partiellement changer. C’est quelque chose qui va se développer en parallèle des activités existantes.

Les cours en ligne vont représenter une part non négligeable de la formation dans un monde où on sera obligé d’apprendre en permanence.

Dans mes deux billets sur Triplex j'insistais pour dire que le véritable enjeu pour les universités, c’est la popularité que MOOC procure. Les bénéfices financiers que les universités peuvent espérer tirer des MOOC sont plutôt minces dans l’état actuel des choses.

Plus les cours à distance deviennent chose commune, plus la distance géographique n’est plus un élément important dans le choix d’une université. Créer une notoriété avec un MOOC n'est pas à négliger.

Le véritable problème, c’est que les universités francophones n’ont pas de stratégies en place, sauf quelques tentatives. C'est encore embryonnaire.

Les MOOC américains attirent toutes les personnes qui veulent vraiment apprendre, mais qui n’ont pas les moyens financiers, ni la possibilité de se déplacer vers un grand centre d’enseignement.

Pour l’instant, ce sont les Américains qui attirent ces gens assoiffés de connaissance. Y compris les francophones. (Allo l'Afrique. Allo la Francophonie!)

Espérons que ces initiatives ci-dessous vont faire boule de neige.
  • HEC Montréal a offert son premier cours l’automne dernier : Introduction au marketing (avec 40000 participants). Et, le 12 mars prochain, débutera Comprendre les états financiers (45000 personnes y sont déjà inscrites).
  • ITYPA: acronyme pour « Internet : tout y est pour apprendre », le premier cours portant sur le thème Comment fonctionne un MOOC a eu lieu en 2012.
  • L’École centrale de Lille :  Gestion de projet.
  • L’École Polytechnique fédérale de Lausanne : Introduction à la programmation orientée objet (en Java), sur Coursera
Les plateformes américaines

Il existe 3 grandes plateformes populaires en ce moment:

Udacity
C’est un professeur de Stanford (Sebastian Thrun) qui a quitté son poste de professeur, quand il a vu que les cours en ligne que son université offrait attirait des milliers de personnes. Il a créé sa plaforme et fait ses propres cours avec des collègues. Il y a pour l'instant une quinzaine de cours, de  l'intelligence artificielle à la programmation en passant à la statistique. Il y a presque un demi-million d’inscriptions.

Coursera
Avec le succès d’Udacity est sorti en avril 2012 Coursera. Mais à la différence d’Udacity, qui bâtit ses propres cours,  Coursera préfère du partenariat avec des universités comme l’université de Toronto, Standford, Duke et Princeton. On y trouve des cours moins orientés technos comme la sociologie, la philosophie, ou des cours sur la chimie. 2 millions d’internautes se sont inscrits.

edX
C’est le MIT qui est derrière cette plateforme, associée avec Harvard et Berkeley entre autres. C'est une réaction de ces universités pour éviter de laisser le terrain libre à Coursera. Les cours sont centrés sur l’informatique et les disciplines scientifiques, comme des cours d’intelligence artificielle et d’introduction à la programmation.

Réinventer l'université?

Commence bientôt le Sommet de l'éducation supérieure, ici au Québec. Les MOOC comme solution? Hum.  Je crois que ce sont les cours de base, répétitifs, que de toute façon les professeurs laissent aux chargés de cours qui partiront dans les MOOC si on devait aller de l'avant. Alors je suis craintif pour leur jobs de ces chargés de cours.

Mais au delà?

Claude Coulombe y va franchement:
«Ce n’est qu’une première étape. La partie invisible des [MOOC] est la collecte massive des données sur le comportement des étudiants. On parle ici du traitement de données massives (en anglais Big Data) dont les résultats serviront à améliorer les [MOOC] de la prochaine génération.» (Source)
Je ne sais pas si vous saisissez, mais l'enjeu ne se trouve pas nécessairement au niveau de l'individu. Peut-être même pas au niveau de l'université, mais de toute une société. Connaître les patterns d'études permet de mieux adapter l'enseignement. Voilà peut-être une façon de voir les bénéfices d'un MOOC.

Claude Coulombe a fait un calcul rapide et ça montre que les MOOC ne revient pas si cher à produire par étudiant (s'ils sont massivement là, évidemment).

Si la Francophonie se mettait à y penser, il y a là une façon de retenir ce qui nous lie encore ensemble...

C'est donc à suivre

Voici un extrait de La Sphère où on en parlait en début d'année:

TV 2.0: Vers une première fenêtre en ligne?


Voilà qui est rapide. Netflix venait à peine de mettre ses 13 épisodes de House of cards en ligne que la BBC prenait la décision de diffuser ses programmes sur iPlayer avant de passer à la télévision.


BBC vont expérimenter le web comme "première fenêtre" avec une quarantaine d'heures de contenu pendant 12 mois.

Je vous signalais il y a une dizaine de jours cet OVNI qu'est House Of Cards sur Netflix. La série a été commandée par et conçue pour Netflix et tous les 13 épisodes ont été rendus disponibles d’un seul coup.

Les télédiffuseurs contre-attaquent

Ce coup du distributeur a mis en position défensive les télédiffuseurs considérés comme "dépassés" car ils carburent encore au "rendez-vous hebdomadaire" si on résume grossièrement les propos de Netflix.

J'y voyais pour ma part une façon pour les créateurs de s'affranchir des contraintes de formats télé traditionnel. À terme, si toutes les émissions sont accessibles d'un coup en ligne, il n'y a pas de raison que la scénarisation de la série n'en tire pas profit d"une façon ou d'une autre.

En fait, on voit que la première conséquence pour les diffuseurs (pour la BBC en tout cas) a été de déplacer sa "première fenêtre de diffusion" en ligne.

Le format des émissions seront encore conditionnés par la "deuxième fenêtre" de diffusion (la télé) pour un long moment encore...

Miser sur les early fans

Je donnais justement une formation à des producteurs et des télédiffuseurs télé hier après-midi et on discutait du type d'onde de choc que Netflix a envoyé dans l'industrie. 

En voyant cette nouvelle, il me semble que ce déplacement de la première fenêtre a pour but d'aller "nourrir" les fans avides de ces contenus; probablement des influenceurs de leur communauté. 

En effectuant ce changement pour certains programmes, la BBC espère taper dans un certain effet social auprès d'une minorité influente qui donnera (ou non, on verra) un aspect promotionnel à la diffusion à la télé pour le gros du public encore attaché au rendez-vous.

Lire aussi sur Zéro Seconde:







Intelligence augmentée

Hier IBM a mis officiellement en route leur Watson au service de la lutte contre le cancer! C'est le début d'une collaboration fructueuse entre l'intelligence artificielle et l'intelligence humaine!

Les médecins peuvent lui demander quels sont les traitements possibles pour leurs patients. Annoncé il y a un an et «en formation» depuis, Watson a analysé 600.000 dossiers médicaux et environ 2 millions de documents de recherche médicale. Pourquoi? Pour pouvoir à partir d'aujourd'hui aider les oncologues à développer les meilleurs traitements possible pour les patients atteints du cancer.

Watson a été initialement conçu comme un système de questions-réponses pour jouer au jeu télévisuel Jeopardy! Il a battu les 2 meilleurs candidats humains en direct à la télévision en 2011.

Depuis deux ans j'ai écrit plusieurs billets sur cet événement historique et ses conséquences

Watson : l'intelligence augmentée (20 février 2011)
Que nous montre cette expérience?  On voit qu'un ordinateur est capable de se débrouiller de façon étonnante dans des questions de culture générale. Les professionnels qui ont une expertise reposant sur leur capacité à emmagasiner des informations mémorisées et à faire des inférences complexes devraient s'inquiéter.
Exponentiel, mon cher Watson (10 février 2011)
Pourquoi Jeopardy? C'est un prétexte pour démontrer la puissance de recoupement en temps réel à une question que l'on considérait jusqu'à lors comme étant du ressort des humains: des questions de connaissance générale.
Watson 1er (18 février 2011)
Ces machines vont étendre l'intelligence de l'humain. Mais ce que nous pensions être une exclusivité doit être maintenant partagé avec la force brute de la computation informatique.
Abdiquer «l’intelligence» aux robots? (15 octobre 2012)
Combien d’humiliation subirons-nous avant d’abdiquer «l’intelligence» aux robots? On ne pourra pas faire l'économie d'une redéfinition de l"intelligence.
Watson est un système de traitement du langage naturel, qui comprend les questions écrites, les analyse et trouve les meilleures réponses possible. Dans le cas de recherche sur le cancer, IBM travaille avec le Memorial Sloan-Kettering à New York. Le service est disponible dans l’infonuagique.

Watson, le vrai expert

Je ne vois plus comment les domaines d'expertise scientifiques, médicaux, administratifs,  les unes après les autres ne vont pas tomber dans le giron de Watson.

Si philosophiquement parlant, on peut dire que «désincarnation de l'intelligence humaine» est bien enclenché (voir mes réflexions sur le sujet), du côté pragmatique, il faut avouer que ça engendre définitivement des avenues fort intéressantes.

On la nommait intelligence artificielle jusqu'à maintenant. Mais je crois qu'avec Watson, ce qui se met en place, c'est plutôt l'intelligence augmentée.

Watson ne possède aucune motivation à poser ou à répondre à ces questions. Par contre, l'homme, associé avec Watson, voit ses connaissances décuplées.

Je crois que c'est bien le bon terme à adoptée, intelligence augmentée. Voilà l'ère qui s'ouvre à nous.

L'achat de app futiles et dérisoires sur nos mobiles et tablettes tactiles ne seront que des amuses-gueules pour nous habituer d'acheter à la pièce des services demain. Moi je n'hésiterai pas une seconde: j'échangerais toutes mes centaines apps que j'ai pour une seule app Watson.

5 articles que vous avez peut-être manqués

Le week-end arrive, c'est le temps de faire le plein de bons billets. À mettre dans sa besace pour les moments creux.

Apple met en avant les ebooks des auteurs autoédités
Le succès des livres numériques autoédités sur le Kindle Store d’Amazon a donné des idées à Apple. La firme de Cupertino a décidé de mettre en avant ces ebooks à travers une nouvelle rubrique sur l’iBookstore. Celle-ci se nommera « Breakout Books ».

Internet : les empires contre-attaquent
2 000 000 000 d’individus ont appris qu’ils pouvaient non seulement accéder directement à l’information, mais encore qu’ils pouvaient produire cette information, la hiérarchiser et la diffuser selon leurs souhaits. Croire que l’utopie d’Internet touche à sa fin serait mal comprendre sa nature.

Sortir de la tyrannie du présent
Les “long data” servent à évaluer les "évolutions lentes" et à contextualiser les transformations rapides ("big data"). Comprendrons-nous la mécanique des changements brutaux et prédire ce qui se dessine devant nous en ce moment?


Rémunérer les amateurs pour valoriser les externalités positives
Le modèle de l’Open Source et des logiciels libres appliqués à d’autres secteurs de l’économie / La place croissante des travailleurs indépendants et le rôle concomitant des espaces de co-working et d’innovation / la mutation des simples consommateurs en contributeurs actifs. Beau programme.


How Oreo Won the Marketing Super Bowl With a Timely Blackout Ad on Twitter
«During the third quarter of Super Bowl XLVII when a power outage at the Superdome caused some of the lights to go out for 34 minutes, the sandwich cookie’s social media team jumped on the cultural moment, tweeting an ad that read “Power Out? No problem” with a starkly-lit image of a solitary Oreo and the caption, “You can still dunk in the dark.”»

Le bibliothécaire comme DJ

Ça fait un petit bout de temps que je n'ai pas parlé des bibliothèques et du web. Tiens pourquoi pas aujourd'hui.

Oh, ce n'était pas par manque d'intérêt -- j'écris sur le sujet depuis le milieu des années 2000 et j'ai animé des colloques sur la «Bibliothèque 2.0» en 2009 à Montréal -- mais c'est que les gens de ce domaine ont rapidement pris la balle au bond et ont commencé très tôt à se réinventer avant la déferlante des médias sociaux.

De ce côté, il y a longtemps que j'ai passé la main à des spécialistes qui réfléchissent intelligemment sur la question, comme Marie D. Martel (Bibliomancienne), Olivier Ertzscheid (Affordance), Sylvère Mercier (Bibliobsession), Jean-Michel Salaün (Bloc-Note), Hubert Guillaud (La feuille) ou Étienne Cavalié (Bibliothèques [reloaded])... (sans oublier le "Veilleur de Lisbonne": Jose Afonso Furtado sur Twitter)

Comme j'ai croisé Daniel J. Caron (Bibliothécaire et archiviste en chef du Canada), récemment à La Sphère, où il est venu parler des politiques d'archivages à l'ère numérique, ça m'a donné le goût d'en reparler et de vous partager deux idées que j'avais en tête sur le sujet...

La bibliothèque est avant tout un lieu

Tenez pour vous le prouver, juste ce mois-ci, les bibliothèques de Montréal vont s'ouvrir aux jeux --vidéo et plateau. Du 23 février au 10 mars, les Montréalais sont invités à venir dans les bibliothèques publiques de Montréal  pour y jouer. (Plus d'info ici)



La bibliothèque est un lieu, donc. Un lieu où se retrouvent des produits culturels comme le livre, mais aussi la bande dessinée, la musique, les films et maintenant les jeux. Et dans une certaine mesure, le web.

Car pour l'instant le web ne fait pas réellement partie de la bibliothèque: elle lui donne certes l'accès, mais le web ne fait pas toujours partie de la "collection", comme avec les autres produits culturels qui sont passés, eux, à travers un tri "éclairé".

Des tentatives existent et on devrait éventuellement voir une meilleure intégration entre les deux "bibliothèques": celle de votre quartier et celle de la toile.

J'aimerais proposer deux idées:

1- Les bibliothèques comme moine-copistes

J'avais déjà suggéré à un moment donné que les bibliothèques devraient devenir comme des moines copistes pour sauver une partie du web et de la blogosphère en agrégeant (en archivant) des contenus disponibles en ligne --qui risquent un jour de disparaître. La pérennité des contenus en ligne n'est vraie que pour les poches profondes.


Chaque bibliothèque, selon ses compétences, pourrait sauvegarder et valoriser une partie de la connaissance libre, hors du commerce de l'édition, en devant une autorité d'un savoir -- régional, local, thématique, etc. Au lieu de tout vouloir conserver dans tous les domaines, elles se concentreraient sur quelques aspects du savoir, afin d'être le plus exhaustives dans un domaine précis.

Le réseau des bibliothèques, globalement, pourrait ainsi se répartir la charge de sauver le maximum de contenu spontané (dans la blogosphère notamment) selon des compétences locales.

Au fond, on parle ici de la bibliothèque comme gardienne de la longue traîne. Cette idée fera peut-être son chemin.

2- Le bibliothécaire comme Flux Jockey


cc James at Uni
Mais il me semble qu'une autre idée fertile serait de faire jouer le rôle de DJ aux bibliothécaires.

Comme dans les raves, le DJ est la vedette de l'heure qui sait faire groover la salle. Ils se succèdent sur scène et certaines deviennent des vedettes.

À l'heure des flux de contenu en ligne, voir mon précédent billet (On n'ira plus sur le web), il ne faut pas seulement s'attaquer à la queue de la longue traîne (qu'on pourrait associer à la mission de mémoire pour les bibliothèques) mais aussi au foisonnement du temps réel.

Un bibliothécaire, oubliant un peu son devoir de réserve ou son humilité, serait mis au-devant de la scène --et donc en concurrence avec ses pairs d'une certaine manière, mais par émulation-- pour faire sens des flux entrants.

On irait à la bibliothèque à cette heure-là, ce jour-là, cette semaine-là ou ce mois-là, parce que tel ou tel bibliothécaire DJ serait là.

Son rôle: faire de la "curation" en temps quasiment réel des flux entrants de sa localité, de sa région ou mondialement pour repointer vers des ressources dans la bibliothèque ou ailleurs sur le web. (Le terme curation peut être remplacé par médiation si on le souhaite, même si le sens ne recoupe pas tout à fait la pratique auquel le terme anglais fait référence)

Je vois le bibliothécaire dans un monde numérique comme en fait comme un Flux Jockey, un DJ occupé à faire sens de ce qui émerge des médias sociaux et de l'actualité.

Au niveau des modalité, ça pourrait prendre la forme de vidéos-bulles, de conférences, de consultation, d'un blogue, d'une timeline, de podcast, de radio-web, d'activités pédagogiques sur place ou en tournée (écoles, centre pour personnes âgées, place publique, etc.)...

Je laisse soin aux gens concerner de jongler avec cette piste et me laisser un commentaire ci-dessous.

Évidemment, les bibliothécaires ne seraient plus interchangeables


cc Neo Alchemy
Ce qui distinguerait ce bibliothécaire des journalistes ou des chroniqueurs, c'est sa connaissance profonde de ses collections, livres ou blogues (voir point précédent). Mais aussi, il ne serait pas systématiquement en mode push mais pull, où il devra être à l'unisson avec les demandes de son quartier ou de son public. De sa communauté, quoi. Être animateur médiatique, charismatique, populaire. Oh! des mots trop forts?

Culturellement, ça crée un précédent, car il y aurait une forme de vedettariat qui émergerait de ce projet. Mais peut-être est-ce justement une voie qui amènerait les jeunes à voir différemment ce métier.

La bibliothèque de lieu deviendrait une scène.

Que pensez-vous de ces pistes?

TV 2.0: un nouveau format de 13 heures?

Depuis vendredi dernier la nouvelle série «House of Cards» est disponible sur Netflix. Mais il ne s'agit pas ici de parler de scénario ou de réalisation (si vous voulez savoir, oui c'est bon): cette série ouvre une perspective intéressante dans le monde de la télé à l'ère d'Internet. Deux en fait.


1- La série a été commandée par et conçue pour Netflix (un distributeur) et non par/pour un grand réseau de télévision (un télédiffuseur). Une série de 100 millions de dollars. Dans la chaîne de valeur, ce sont les télédiffuseurs, normalement, qui gèrent la "grille horaire". Mais avec la vidéo-sur-demande, qui veut encore d'une grille horaire? Entre en scène, alors, le distributeur.
2- Les 13 épisodes sont disponibles d’un seul coup. Oui en même temps, dès le jour 1 (dans sa première fenêtre, comme on dit). Les nouvelles habitudes d'écoutent développées dans les dernières années, surtout en un temps d'abondance de bonnes séries série de télévision, ont amené les gens à écouter en rafales celles qu'ils ont manquées.
Fin des rendez-vous télévisuels pour les grandes téléséries? 

C’est la première série qui s’émancipe du rendez-vous hebdomadaire dès sa première diffusion. On s’est habitué dans la dernière décennie, avec les DVD et ensuite Tou.tv et Netflix à écouter en rafale les émissions qu’on a manquées.

Une nouvelle narration pourrait se mettre en place, plus proche du film, où il n’y a pas besoin de flashback au début de chaque émission pour nous rappeler ce qui s’est passé la semaine précédente ou avant la pub.

C'est d'ailleurs une série où les réalisateurs ont plus de contrôle, comme au cinéma. Avec les séries, c'était plus les scénaristes qui étaient en contrôle.

À quoi peut bien ressembler une série qui serait produite en sachant qu'on pourra l'écouter en rafale dès la première écoute?

House of cards ne pousse pas outre mesure dans cette direction (la série été vendu à des chaînes télé traditionnelles comme seconde fenêtre de diffusion, donc je crois que le formatage a joué encore un rôle). Mais maintenant que la brèche en vidéo-sur-demande est ouverte, il n'y a plus de raison pour que les épisodes restent formatées en morceau d'1 heure nécessairement, ni même d'égale longueur.

Second écran vs longue traîne

Il y a donc clairement une scission en télévision en perspective, où certaines émissions continueront à être diffusées en direct -- et seront arrimées aux réseaux sociaux avec le second écran-- et d'autres qui seront conçus et consommés sur demande -- et vivront dans la longue traine.


La saison 2 (13 autres épisodes) ont été déjà commandée. On verra s'ils vont en profiter davantage du "nouveau format de 13 heures». Peut-être pas cette fois, mais éventuellement, ça se fera d'une façon ou d'une autre.

Post-Scriptum du 11 mars 2013:
Jean Tourangeau m'a fait suivre des statistiques sur la consommation de ces épisodes sur le territoire canadien:

«Parmi les abonnés canadiens ayant visionné House of cards, quelque 30
% avaient déjà consommé les 13 épisodes de la première saison au
moment de l'enquête, la semaine dernière.
  • Environ 34 % en avaient vu entre 4 et 12, et 35 % n'en avaient pas vu plus de 3.
  • La moyenne du nombre d'épisodes regardés était de 7, ce qui représente 2 épisodes par semaine pour l'abonné moyen du service Netflix.
  • Les abonnés les plus susceptibles de regarder les épisodes les uns après les autres sont les 18-34 ans. Environ 40 % d'entre eux sont déjà passés à travers les 13 épisodes.
L'étude a été réalisée la semaine dernière auprès de 1200 abonnés de
Netflix par la firme Solutions Research Group Consultants.»

Pour mémoire, j'ai écouté les 13 épisodes dans les 7 premiers jours où ils étaient disponibles.

À lire aussi sur Zéro Seconde:

TV 2.0: Vers une première fenêtre en ligne? (suite de ce présent billet)
TV 2.0 : Sous les RT, la plage horaire?
TV 2.0: Google TV

L'Odyssée du iPhone

Le «iPhone 10 Ultra HD»? :


Je ne sais pas à quel point Apple voulait que leur téléphone ressemble au monolithe de 2001, l'odyssée de l'espace (qui a 45 ans cette année), mais mon petit montage ci-dessus montre une certaine parenté entre les deux. Sauf la taille bien sûr. Mais sur le fond, les deux sont pareils: ils nous donnent accès à un monde insoupçonné...

Les rumeurs repartent sur la prochaine mouture du iPhone, objet de toutes les désirs: la dernière est le «iPhone Plus», une «phablet» (nom horrible né du cellulaire se mutant en tablette) de 5 pouces environ.

Dans un billet récent sur mon autre blogue («Des écrans, des écrans partout») j'écrivais que la taille des écrans tend à former un continuum quasi ininterrompu qui part de l’iPod nano au gigantesque ultra HD!

Le iPhone et le iPad ont ouvert un passage vers un monde où l'écran sera notre interface omniprésente au monde, reléguant la télé de grand-père comme monument d'immobilité telles les statues de l'Île de Pâque.
«L’écran devient l’interface obligée, omniprésent, pour réaliser nos transactions quotidiennes. De divertissant, ludique et informatif, l’écran est devenu en plus utilitaire et interactif, du guichet automatique à notre vie sociale (les médias sociaux).» Comme je l'écrivais en début janvier
Lorsque le continuum des écrans sera complété, cette hyperréalité nous entourera de telle façon que nous ne pourrons plus dire que les écrans nous coupent du monde. Elle fera partie du monde et ne sera pas moins réelle que la réalité. L'écran sera devenu un mode encore plus puissant et indispensable pour saisir le monde...

Regardez simplement votre enfant: «il ne va plus sur Google, il va sur Youtube pour apprendre» me disait Sacha Declomesnil au dernier Yulbiz. CQFD